Parcours artistique de Tenzin Tsémé
Je suis Tenzin Tsémé, illustratrice installée à Sainte-Marie-la-Mer, près de Perpignan, dans les Pyrénées-Orientales. Je crée aujourd’hui principalement des villes et des villages imaginaires, des architectures dessinées et des compositions où le détail, le trait et la couleur construisent des lieux qui n’existent pas toujours, mais qui pourraient presque exister quelque part.
Je suis avant tout une âme voyageuse. J’aime découvrir de nouveaux paysages, observer les villes, les villages et leurs architectures : la forme d’un toit, une façade, une ruelle, un escalier, la manière dont les maisons s’imbriquent ou semblent parfois s’accrocher les unes aux autres.
Ces images restent en mémoire et réapparaissent ensuite librement dans mes dessins. Une architecture aperçue en voyage peut côtoyer une maison inventée, un village méditerranéen se mêler à des influences asiatiques ou une construction industrielle devenir le point de départ d’une cité imaginaire.
Aujourd’hui, le dessin me permet aussi de voyager sans quitter mon atelier. Je peux commencer une illustration au bord de la Méditerranée et me retrouver quelques heures plus tard au milieu des montagnes, dans un village inspiré du Tibet, une cité méditerranéenne ou un endroit qui n’existe sur aucune carte.
Mon parcours ne s’est cependant pas construit uniquement autour de l’illustration. La peinture, la sculpture et l’écriture ont précédé ou accompagné le dessin et ont chacune laissé une trace dans ma manière de créer : le goût de la couleur, l’attention portée aux volumes et à la matière, mais aussi l’envie de raconter et de construire des univers.
Aujourd’hui, ces différentes expériences se retrouvent principalement dans mon travail d’illustratrice. Voyages, architectures, imaginaire, mer, montagne et bouddhisme constituent une sorte de bibliothèque personnelle dans laquelle je puise pour construire, dessin après dessin, mes propres lieux.
Pourquoi le nom Tenzin Tsémé ?
Tenzin Tsémé est mon nom d’artiste, mais il ne s’agit pas d’un pseudonyme choisi au hasard.
Le prénom Tenzin, porté notamment par le Dalaï-Lama, m’a été transmis dans une lignée spirituelle : du Dalaï-Lama à mon maître Tenzin Loden, puis de mon maître à moi. Tsémé est également un nom donné par mon maître. En tibétain, il évoque ce qui est incommensurable, sans limite.
Ce nom accompagne donc une dimension personnelle et spirituelle importante de mon parcours. Il correspond aussi assez bien à ma manière de créer : ne pas imposer trop vite de limites à un dessin, laisser une ville grandir, permettre à une architecture d’en appeler une autre et voir jusqu’où peut aller l’imaginaire.
Avant de signer mes œuvres Tenzin Tsémé, j’ai également utilisé la signature Mimo Tsémé. Aujourd’hui, Tenzin Tsémé est le nom sous lequel je développe mon travail artistique.
Une envie de créer longtemps restée en attente
Je ne viens pas d’une école d’art et mon parcours n’a pas commencé très tôt. L’envie de créer était pourtant présente depuis longtemps. Autour de mes quarante ans, j’ai découvert une association de peinture et j’ai enfin décidé de me lancer. La peinture a été ma première véritable porte d’entrée dans la création artistique. J’y ai découvert le maniement des pinceaux et des couteaux, le travail de l’huile et de l’acrylique, la matière, les mélanges et cette sensation très particulière qu’offre la toile. J’aimais déjà représenter des paysages, des maisons et des villages.
J’ai également eu l’occasion de suivre des cours de peinture avec Casimir Ferrer, dans le Tarn. Cette expérience est venue compléter un apprentissage qui est resté, dans son ensemble, largement autodidacte. La peinture m’a appris à regarder autrement les couleurs et les masses. Elle m’a surtout donné confiance dans une idée essentielle : on peut commencer à créer tardivement et construire progressivement son propre langage.
De la toile à la terre : découvrir le volume
Après la peinture est venue la sculpture. Travailler la terre m’a permis d’aborder la création d’une manière complètement différente. Il ne s’agissait plus seulement de construire une image sur une surface, mais d’apprivoiser les volumes, les reliefs et la troisième dimension.
J’ai retrouvé naturellement dans la terre ce qui m’attirait déjà sur la toile : les maisons et les villages. J’ai créé des architectures et de petits ensembles en modelage, en travaillant directement avec mes mains. Cette période a beaucoup compté dans mon parcours et elle m’accompagne toujours puisque je suis membre d’une association de sculpture et de modelage. Elle m’a appris à penser une construction non seulement par sa façade, mais aussi par sa profondeur, ses volumes, ses niveaux et ses rapports avec ce qui l’entoure. Je retrouve aujourd’hui cette manière de raisonner lorsque je compose une ville sur une feuille.
Le Voyage d’Aliosha : le dessin comme point de départ d’un nouvel univers
L’illustration est arrivée plus tard, presque par surprise. J’avais d’abord écrit mon roman Le Voyage d’Aliosha. Une fois le texte construit, j’ai eu envie d’illustrer certains lieux de l’histoire. C’est en cherchant à donner une apparence aux décors que j’avais imaginés que quelque chose de nouveau a commencé.
Je me suis lancée seule dans le dessin.
Contrairement à la peinture, je n’avais pas suivi de formation particulière en illustration. J’ai appris en dessinant, en essayant, en observant et en développant progressivement mes propres solutions graphiques. Les premières illustrations liées à Aliosha ont ouvert une porte que je n’ai plus vraiment refermée. Je me suis rendu compte que le dessin réunissait plusieurs choses qui m’attiraient particulièrement : la possibilité de construire un univers très détaillé, la liberté d’inventer des architectures et la capacité de raconter un lieu sans avoir besoin d’y placer des personnages.
Avec le temps sont venus davantage d’idées, une plus grande maîtrise technique et surtout une créativité beaucoup plus libre. Le dessin n’était plus seulement là pour accompagner un roman. Il devenait un territoire à part entière.
Tenzin Tsémé et les villes imaginaires
Aujourd’hui, les villes et villages imaginaires constituent le cœur de mon univers graphique.
Je peux partir d’une maison tibétaine, d’une architecture méditerranéenne, d’une pagode, d’un village de montagne, d’une forteresse, d’un bâtiment industriel ou d’une construction observée pendant un voyage. Ces références ne sont pas destinées à être reproduites à l’identique. Elles servent de point de départ.
Je les rassemble, les transforme et les associe.
Une maison peut être déplacée sur un rocher. Une pagode peut rejoindre un ensemble qui ne correspond à aucun pays réel. Une ancienne usine peut devenir le centre d’une cité fantastique. Des aqueducs, des passerelles, des escaliers ou des structures improbables peuvent apparaître au fur et à mesure que l’illustration se construit. Cette liberté est essentielle dans mon travail. Je ne cherche pas à dessiner des villes techniquement possibles. Je cherche plutôt à créer des endroits qui donnent l’impression qu’ils pourraient exister quelque part.
Les personnages restent généralement absents ou très discrets. Ce sont les architectures qui racontent l’histoire. Une fenêtre, une porte, une ruelle ou un pont suffisent parfois à suggérer une vie que le spectateur peut imaginer lui-même.
Comment naît une illustration ?
Je ne commence généralement pas une œuvre avec une composition entièrement décidée.
La première étape consiste à rechercher l’esprit du lieu que je veux construire. Je peux m’inspirer de maisons du monde entier, de villages, de villes anciennes, d’architectures industrielles, de monuments ou de paysages. Le voyage nourrit naturellement cette bibliothèque d’images, tout comme l’observation de ce qui m’entoure.
Je pose ensuite les grandes lignes de la composition au crayon de papier. Ce dessin préparatoire reste volontairement assez léger : il me permet d’organiser les principaux volumes sans enfermer trop tôt l’illustration. Vient alors le travail au feutre. Les premières structures sont dessinées, puis les détails apparaissent progressivement. C’est souvent à cette étape que l’œuvre prend réellement sa direction. Une façade appelle une autre construction, un espace vide devient une passerelle, un rocher accueille quelques maisons supplémentaires.
Je travaille avec différentes tailles de feutres fins selon le niveau de précision nécessaire. Les pierres, briques, fenêtres, escaliers, portes et toitures permettent ensuite de donner de la matière à l’ensemble. La couleur intervient seulement lorsque je considère qu’elle apporte quelque chose à l’œuvre. Certaines illustrations restent entièrement en noir et blanc ; d’autres accueillent quelques couleurs fortes ou une colorisation plus présente.
Le détail comme langage graphique
Je suis naturellement attirée par les images dans lesquelles le regard peut se promener. Le détail n’est donc pas un simple exercice de précision. Il sert à créer plusieurs niveaux de lecture. Une illustration peut être comprise dans son ensemble lorsque l’on la regarde de loin, puis révéler une quantité de petits éléments lorsque l’on s’en approche.
J’aime que l’on puisse découvrir une première maison, puis un escalier presque caché, un pont, une fenêtre différente des autres ou un passage que l’on n’avait pas remarqué immédiatement. Cette richesse visuelle est particulièrement présente dans mes illustrations A3. Leur surface me permet de développer de grandes compositions sans perdre la finesse du dessin.
Je cherche cependant à conserver des zones plus calmes. Un dessin extrêmement détaillé n’a pas besoin d’être rempli partout. Le blanc du papier participe lui aussi à la construction de l’image.
Le noir, le blanc et la couleur
Mon rapport à la couleur a évolué avec ma pratique. La peinture m’avait appris à travailler avec une palette riche et les premières illustrations colorées ont naturellement prolongé cette habitude. Les feutres à alcool m’ont notamment permis d’explorer les superpositions et les dégradés.
Avec le temps, le noir et blanc a pris davantage de place. Il correspond particulièrement bien à mes grandes villes imaginaires, car il permet au regard de se concentrer sur la structure du dessin et sur la finesse des détails.
La couleur n’a cependant pas disparu de mon travail. Elle occupe aujourd’hui une fonction plus choisie. Elle peut créer un contraste, accompagner une atmosphère ou donner une identité particulière à une série.
Cette recherche est particulièrement présente dans les petits formats que je développe actuellement.
Les formats carrés : concentrer un monde sur quelques centimètres
À côté des grandes illustrations, Tenzin Tsémé je développe une collection de formats carrés, notamment en 21 × 21 cm.
Ces petits formats me permettent de concentrer tout un univers dans un espace plus réduit. J’y construis des villages et des architectures inspirés de différentes régions du monde comme la Méditerranée, Italie, Portugal, Scandinavie, Tibet, Maroc, Japon ou Inde, mais aussi des cités suspendues, mécaniques ou entièrement imaginaires.
Le format impose une autre manière de composer : choisir ce que l’on montre, préserver le blanc du papier et trouver un équilibre entre architecture, détails et couleur.
Chaque dessin possède ainsi sa propre géographie. Certains restent en noir et blanc, d’autres accueillent des couleurs plus franches, mais tous prolongent cette même envie : inventer des lieux que l’on pourrait presque croire réels.
Une place pour l’abstraction
Mon travail ne se limite pas à l’architecture.
Je réalise également des illustrations abstraites, notamment autour des courbes, des spirales, des lignes, des formes organiques et des répétitions graphiques.
Cette pratique paraît très différente de mes villages, mais je retrouve finalement la même logique de construction. Je pars d’un élément relativement simple puis je le développe jusqu’à ce que les formes commencent à dialoguer entre elles. L’abstraction me permet aussi de travailler avec moins de contraintes narratives. Elle offre un espace dans lequel le rythme du trait et l’équilibre général de la composition deviennent prioritaires.
Une illustratrice entre Méditerranée et voyages
Je vis aujourd’hui à Sainte-Marie-la-Mer, sur le littoral des Pyrénées-Orientales, à proximité de Perpignan. La Méditerranée fait partie de mon environnement quotidien, tout comme la lumière très particulière du Sud. La montagne n’est jamais très loin non plus. J’aime cette proximité entre mer et reliefs, deux paysages qui nourrissent depuis longtemps mon imaginaire.
Mes inspirations voyagent cependant beaucoup plus loin. Lorsque je découvre un pays ou une région, mon regard se porte naturellement vers les architectures : matériaux, toitures, ouvertures, couleurs, organisation des rues et manière dont les maisons s’inscrivent dans le paysage.
Je ne cherche pas ensuite à reproduire ces lieux. J’en conserve des fragments que l’imaginaire transforme.
Le bouddhisme appartient également à mon parcours personnel. Certaines influences asiatiques apparaissent donc naturellement dans mes dessins, sans volonté de produire un art religieux.
Voyager depuis mon siège
J’aime réellement voyager, mais j’aime tout autant le moment où je retrouve le calme de la maison pour créer. Il existe une forme de voyage très différente lorsque je m’installe devant une feuille blanche. Je peux passer plusieurs heures presque immobile et pourtant traverser des pays, mélanger des architectures qui n’auraient jamais dû se rencontrer et construire une ville entière.
C’est probablement l’un des aspects de l’illustration auxquels je suis le plus attachée : la possibilité de voyager depuis mon siège.
Une feuille, quelques feutres et une idée suffisent pour commencer. Je ne sais pas toujours où le dessin va me conduire et je préfère qu’il en soit ainsi. Cette part d’inconnu évite que la création devienne mécanique et laisse toujours une place à la surprise.
Des créations originales et des tirages d’art
Les œuvres originales de Tenzin Tsémé sont réalisées à la main sur papier et proposées directement sur ce site lorsqu’elles sont disponibles. Chaque fiche précise le format, la technique et les caractéristiques de l’œuvre. Certaines illustrations sont également numérisées professionnellement en haute définition afin d’être proposées sous forme de tirages d’art. Ceux-ci sont disponibles via ArtMajeur.
L’original reste ainsi une pièce unique réalisée et signée à la main, tandis que le tirage permet de retrouver une œuvre sous forme de reproduction de qualité.
Des illustrations personnalisées pour raconter un lieu
Je réalise également des illustrations personnalisées à partir de photographies. Une maison familiale, une rue, un village, une ville ou un lieu associé à un souvenir peut devenir le point de départ d’une œuvre. Je ne cherche pas à reproduire simplement la photographie. J’observe ce qui fait l’identité du lieu, puis je le réinterprète avec mon propre langage graphique.
Cette démarche rejoint finalement celle de mes villes imaginaires : partir d’une architecture réelle, conserver ce qui la rend singulière et lui faire raconter une nouvelle histoire. Les demandes et les modalités sont présentées sur la page Commandes personnalisées.
Continuer à construire des mondes
Aujourd’hui, l’illustration occupe une place centrale dans mon travail. Mon parcours est pourtant passé par la peinture, la sculpture et l’écriture, et chacune de ces pratiques continue d’influencer ma manière de dessiner.
Il y a dans mes illustrations le goût de la couleur découvert avec la peinture, l’attention portée aux volumes expérimentée avec la sculpture, l’envie de raconter venue de l’écriture et cette fascination ancienne pour les voyages, les maisons et les architectures.
Je ne cherche pas à savoir exactement à quoi ressembleront mes prochaines villes. Je préfère commencer par quelques traits après avoir sélectionné la région du monde puis choisir une première architecture et laisser mon imagination faire le reste.
C’est probablement ce qui définit le mieux mon travail aujourd’hui : construire, maison après maison, des lieux qui n’existent sur aucune carte, mais dans lesquels on pourrait presque avoir envie d’entrer.
