Devenir illustratrice n’était pas, à l’origine, un projet professionnel soigneusement préparé. L’illustration est entrée dans mon parcours par l’écriture. Je souhaitais illustrer l’un de mes romans et, après avoir cherché la personne capable de traduire graphiquement l’univers que j’avais en tête sans vraiment la trouver, une idée assez simple s’est imposée : pourquoi ne pas essayer moi-même ?
Je pratiquais déjà d’autres formes de création, notamment la peinture, mais passer à l’illustration représentait un nouvel apprentissage. Le rapport au trait, au papier, aux détails et à la composition était différent. Je ne souhaitais pas travailler uniquement en numérique : il fallait donc expérimenter des outils, comprendre le comportement des encres et des feutres et surtout accepter les premiers essais imparfaits.
Avec le temps, l’illustration a largement dépassé son rôle initial d’accompagnement de mes romans. Elle est devenue une pratique artistique à part entière, puis une part essentielle de mon travail. Mon parcours pour devenir illustratrice ne s’est donc pas construit selon un itinéraire classique. Il s’est fait progressivement, en dessinant, en observant, en recommençant et surtout en développant un univers qui m’appartient.
Faut-il savoir parfaitement dessiner pour devenir illustratrice ?
C’est probablement l’une des premières barrières que l’on se construit. On imagine facilement qu’il faudrait posséder une maîtrise parfaite du dessin académique avant même d’oser se considérer comme illustratrice. Pourtant, l’illustration recouvre une diversité considérable de styles. Certains artistes travaillent avec une grande précision réaliste, d’autres privilégient des formes très épurées, des compositions graphiques, l’abstraction, le collage ou des traits volontairement irréguliers.
Cela ne signifie évidemment pas que la technique soit inutile. Apprendre à observer les proportions, comprendre une perspective, construire une composition ou maîtriser ses outils permet de gagner en liberté. Mais devenir illustratrice ne consiste pas à attendre d’avoir atteint une hypothétique perfection avant de commencer à créer. Une grande partie de l’apprentissage se fait précisément en produisant des dessins.
Mes premières illustrations ne ressemblent pas exactement à celles que je réalise aujourd’hui. C’est normal. Le geste évolue, les goûts changent, certaines techniques sont abandonnées et d’autres apparaissent. On finit également par identifier les sujets vers lesquels on revient spontanément. Pour moi, les architectures, les maisons et les villages imaginaires ont progressivement pris une place importante. Ce sont aujourd’hui des éléments caractéristiques de mon travail d’illustration.
Comment commencer lorsque l’on veut devenir illustratrice ?
La feuille blanche est probablement un meilleur point de départ qu’une liste interminable de matériel. Quelques outils adaptés suffisent pour commencer : un crayon, du papier correspondant à la technique choisie et les instruments nécessaires pour travailler le trait ou la couleur. Le reste peut venir progressivement.
Lorsque j’ai commencé, j’ai notamment expérimenté les feutres fins, les feutres à alcool et l’aquarelle. Ces essais m’ont permis de comprendre ce que j’aimais réellement dans une illustration : la précision de certaines lignes, le contraste avec des zones plus libres, la possibilité de travailler les architectures et de multiplier les petits détails. Depuis, mon matériel et mes techniques ont évolué avec ma pratique.
Le papier mérite en revanche une véritable attention. Son grain, son épaisseur et sa capacité à supporter l’eau ou l’encre peuvent complètement modifier le résultat. Un papier très lisse facilite certains tracés précis tandis qu’un papier texturé apporte une présence différente au dessin. Devenir illustratrice, c’est aussi apprendre progressivement à connaître ses supports et à choisir ses outils en fonction du résultat recherché plutôt que d’accumuler du matériel.
Apprendre l’illustration en pratiquant
Il existe aujourd’hui une quantité considérable de ressources pour apprendre : livres, cours, formations en ligne, démonstrations d’artistes et contenus consacrés aux techniques particulières. Ils peuvent permettre de comprendre une perspective, de découvrir un médium ou de résoudre une difficulté précise.
Mais aucune formation ne remplace les heures passées à dessiner. C’est en répétant un geste que l’on gagne en précision, en essayant plusieurs compositions que l’on comprend ce qui fonctionne et en ratant parfois un dessin que l’on identifie ce qu’il faudra modifier au suivant. Mon parcours pour devenir illustratrice s’est beaucoup construit de cette manière : par essais successifs davantage que par l’application d’une méthode unique.
Observer le travail d’autres artistes est également très formateur à condition de ne pas transformer cette observation en imitation permanente. On peut chercher à comprendre comment une composition est construite, comment les masses sont équilibrées ou comment une palette fonctionne. Puis il faut revenir à sa propre feuille et chercher une autre réponse.
Trouver son style d’illustration prend du temps
La question du style arrive souvent beaucoup trop tôt. Lorsqu’on commence à dessiner, on aimerait déjà disposer d’une signature visuelle immédiatement identifiable. Pourtant, le style est souvent une conséquence de la pratique plutôt qu’une décision prise au départ.
Certaines habitudes apparaissent naturellement. On utilise régulièrement les mêmes types de lignes, certaines palettes reviennent, des sujets deviennent récurrents et une manière particulière de remplir l’espace finit par se dessiner. C’est précisément en produisant beaucoup que l’on commence à voir ces constantes.
Pour devenir illustratrice avec un univers personnel, il faut donc accepter cette période d’exploration. Copier le style d’un artiste que l’on admire peut éventuellement servir ponctuellement d’exercice technique, mais cela ne peut pas constituer une identité artistique. L’objectif est plutôt de comprendre ce qui nous attire chez différents créateurs puis de laisser ces influences se mélanger à nos propres expériences, à nos goûts et à notre manière de dessiner.
Mon propre univers s’est ainsi construit progressivement. Les villes et villages imaginaires, les architectures parfois inspirées de lieux réels, les formes plus graphiques ou abstraites ne sont pas apparus en une seule fois. Ils résultent d’une succession de dessins, d’essais et de changements de direction.
De l’illustration d’un roman à un univers personnel
Mes premiers pas dans l’illustration sont étroitement liés à mes romans. Il me fallait trouver comment transformer une scène écrite en image sans simplement reproduire ce que le texte racontait déjà. Ce travail m’a appris à sélectionner un lieu, une atmosphère ou un instant capable d’exister visuellement.
Cette relation entre texte et dessin reste importante dans mon parcours. J’en parle plus précisément dans mon article consacré à l’illustration d’un roman, où je reviens notamment sur Aliosha, Niels et Sixtine et sur les différentes manières dont l’image peut accompagner l’écriture.
Mais devenir illustratrice m’a aussi permis de sortir progressivement du cadre du livre. Aujourd’hui, une illustration peut naître sans qu’aucun texte ne l’accompagne. Une ville ou un village imaginaire suffit à suggérer son propre récit. Je peux construire un lieu, lui donner une architecture et quelques éléments singuliers puis laisser celui qui regarde inventer ce qui pourrait s’y passer.
C’est probablement l’évolution la plus importante de mon parcours : être passée d’images destinées à accompagner mes histoires à des images capables de faire naître leurs propres histoires.
Devenir illustratrice demande aussi de la patience
Une illustration détaillée peut demander beaucoup plus de temps qu’elle ne le laisse imaginer une fois terminée. Construire les premiers traits, corriger une composition, ajouter progressivement les détails puis travailler les couleurs nécessite de la concentration et de la patience.
Le dessin traditionnel possède également une particularité : le fameux Ctrl + Z n’existe pas sur la feuille. Certaines erreurs peuvent être intégrées, masquées ou transformées ; d’autres obligent à modifier ce que l’on avait prévu. Cette contrainte fait aussi partie de l’apprentissage. Elle oblige progressivement à mieux anticiper certains gestes tout en acceptant qu’une création ne soit jamais absolument parfaite.
Pour devenir illustratrice, il faut surtout apprendre à ne pas juger chaque dessin comme s’il devait immédiatement devenir une œuvre définitive. Certains sont des recherches, d’autres permettent de tester une technique ou une palette. Ils participent tous à l’évolution du travail, même lorsqu’ils ne seront jamais exposés ou proposés à la vente.
Peut-on devenir illustratrice sans formation artistique ?
Il n’existe pas un parcours unique. Les écoles d’art et les formations spécialisées apportent des connaissances, un cadre de travail, des rencontres et parfois un réseau professionnel particulièrement précieux. Elles constituent donc une voie importante, mais elles ne sont pas la seule manière d’apprendre.
Une personne autodidacte peut également devenir illustratrice, à condition de prendre au sérieux son apprentissage. Cela suppose de pratiquer régulièrement, de rechercher les connaissances qui lui manquent, d’accepter les critiques utiles et de continuer à développer sa technique.
C’est cette voie que j’ai suivie pour l’illustration. Être autodidacte ne signifie pas travailler sans apprendre des autres. Au contraire, cela demande de construire soi-même son parcours de formation : observer, lire, expérimenter, suivre ponctuellement un enseignement lorsque cela devient nécessaire et surtout continuer à produire.
Devenir illustratrice professionnelle change-t-il la manière de créer ?
Créer pour soi et construire une activité autour de ses œuvres sont deux choses différentes. Dès qu’une illustration est destinée à être vendue, reproduite ou intégrée à une collection, d’autres questions apparaissent : qualité des matériaux, résistance des couleurs, numérisation, présentation, prix, emballage, expédition ou encore communication autour du travail.
Devenir illustratrice dans un cadre professionnel ne signifie pourtant pas transformer chaque dessin en produit. Il reste indispensable de conserver une part d’expérimentation et de création libre. C’est souvent dans ces recherches sans objectif commercial immédiat que naissent les idées qui permettront ensuite à un univers artistique d’évoluer.
C’est aussi pour cette raison que j’aime montrer les différentes étapes du travail. Une illustration terminée ne raconte pas les hésitations, les recherches, les essais de couleurs ou les changements qui ont précédé sa réalisation. Ces coulisses font pourtant pleinement partie de la vie d’un atelier et du parcours d’une artiste.
Peut-on vivre de l’illustration ?
C’est une question qui revient naturellement lorsque l’on envisage de devenir illustratrice professionnelle. Il est possible de générer des revenus grâce à l’illustration, mais les situations sont extrêmement diverses. Certains illustrateurs travaillent principalement sur commande pour l’édition, la presse, la publicité ou des entreprises. D’autres développent leurs propres créations et vendent des originaux, des tirages ou des produits dérivés. Beaucoup associent plusieurs activités.
Pour mieux comprendre les différents métiers, formations et débouchés liés à l’illustration, la fiche métier illustrateur de l’Onisep permet également d’avoir un aperçu du cadre professionnel.
Créer son propre univers artistique implique également tout un travail qui se déroule loin de la feuille de dessin. Il faut photographier ou numériser les œuvres, alimenter un site, présenter les collections, communiquer, gérer les commandes, préparer les emballages et organiser les expéditions. Le temps consacré à la création ne représente donc qu’une partie de l’activité.
Pour devenir illustratrice et vendre son propre travail, il faut aussi apprendre à déterminer un prix. Celui-ci ne correspond pas uniquement au coût du papier et des feutres utilisés. Le temps de création, le matériel, les essais, les frais professionnels, les commissions éventuelles et tout le travail nécessaire pour rendre l’œuvre disponible doivent être pris en compte. Une illustration originale ne peut pas être évaluée comme un simple objet décoratif produit en série.
Il faut enfin accepter qu’une activité artistique se construise rarement instantanément. Trouver son public, constituer un ensemble d’œuvres suffisamment cohérent, développer sa visibilité et obtenir ses premières ventes demandent du temps. Présenter le métier comme une succession de dessins réalisés librement toute la journée serait donc assez éloigné de sa réalité.
Faut-il absolument choisir un seul style ?
Je ne le pense pas. Une identité artistique reconnaissable est utile, mais elle ne doit pas devenir une prison. On peut aimer travailler des architectures très détaillées et avoir parallèlement envie d’explorer des formes abstraites, la couleur ou une technique complètement différente.
Ce qui crée une cohérence ne tient d’ailleurs pas nécessairement à un sujet unique. Une façon de composer l’espace, certains traits, une palette ou une manière de traiter les détails peuvent créer des liens entre des œuvres qui semblent au premier regard très différentes.
Pour devenir illustratrice et continuer à progresser, cette liberté d’expérimentation me paraît essentielle. C’est en essayant autre chose que l’on découvre parfois une technique ou une association que l’on n’aurait jamais envisagée auparavant. Certaines recherches resteront des essais ; d’autres pourront devenir une nouvelle série.
C’est notamment ce qui me permet aujourd’hui de faire cohabiter mes villes et villages avec un travail plus graphique. Vous pouvez découvrir ces différentes directions dans mes collections d’illustrations.
Quels conseils donner à quelqu’un qui veut devenir illustratrice ?
Le premier serait probablement de commencer avant de se sentir prêt. Attendre de posséder le matériel idéal, de maîtriser toutes les techniques ou d’avoir trouvé son style risque surtout de repousser indéfiniment le moment de dessiner. Quelques outils adaptés et une pratique régulière permettent déjà d’apprendre énormément.
Le deuxième serait de conserver ses anciens travaux. Lorsque l’on progresse, les premiers dessins peuvent paraître maladroits et donner envie de les faire disparaître. Pourtant, les regarder quelques mois ou quelques années plus tard permet de mesurer concrètement le chemin parcouru. Ils constituent une mémoire du travail et montrent aussi que l’évolution artistique n’est jamais parfaitement linéaire.
Pour devenir illustratrice, je conseillerais également de rester curieux. Regarder de l’architecture, visiter une exposition, voyager, photographier un détail dans une rue, lire, observer des palettes de couleurs ou découvrir une nouvelle technique nourrit le dessin sans qu’il soit nécessaire de chercher constamment son inspiration dans les œuvres d’autres illustrateurs.
Enfin, il faut créer suffisamment pour découvrir ce que l’on a réellement envie de raconter. Le style ne se trouve pas nécessairement en le cherchant : il finit souvent par apparaître à force de dessiner.
Devenir illustratrice : construire son propre chemin
Mon parcours n’a pas commencé par la décision de faire de l’illustration mon métier. Il est né d’un roman que je voulais accompagner d’images, puis d’une envie de comprendre comment réaliser moi-même ces images. Les premiers essais ont conduit à d’autres dessins, puis à des univers qui se sont progressivement détachés de l’écriture.
Devenir illustratrice a donc été pour moi moins une décision prise à une date précise qu’une succession d’expériences. Apprendre une technique, abandonner certaines façons de travailler, en découvrir d’autres, dessiner beaucoup et identifier progressivement les sujets auxquels je revenais naturellement ont construit ce parcours.
Aujourd’hui encore, je considère cette évolution comme ouverte. Mes villages imaginaires côtoient d’autres recherches, notamment abstraites, et de nouvelles séries peuvent naître au fil des expérimentations. C’est sans doute ce que je souhaite conserver avant tout : la liberté de faire évoluer mon travail sans devoir répéter indéfiniment ce que je sais déjà faire.
Si vous souhaitez découvrir les étapes de création, les nouvelles œuvres et ce qui se passe avant qu’une illustration terminée apparaisse sur le site, vous pouvez rejoindre Le Cercle Illustré.
